Archives de Tag: voyages

Rails rails rails

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voyage

Quatorze heures – la gare
TER – Train Sur Terre
Gare gare gare – rails rails encore
Au bout des rails, la mer
Sur le quai, l’horloge [tourne]
vitres sales – reflets – soleil dehors
Les bancs de l’adolescence
le lycée – une vie derrière [déjà]
Sur le quai une flaque, dans laquelle
une branche.

Vingt et une heures trente
Rails – rails – rails
Pluie, pluie dans la nuit noire
Ce train instable [bruyant froid]
Au bout des rails la mer
toi au bout des rails
Rails dans le noir de la nuit
Pluie sur les rails – rails sous la pluie

[nous sommes
des trains
qui foncent
dans la nuit]

Vingt trois heures
rails rails rails
terminus [la voie]
ne va pas plus loin.

L’odeur de fumée de fumée dans le hameau
tout près le bruit de la mer
dedans la pluie sur le velux.

 

La folle beauté des choses

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« La simplicité dévolue à la chambre de thé
et son absence de toute vulgarité
en font un véritable sanctuaire
contre les tourments du monde
»

(Okakura)

Lumière d’Etoiles – Casablanca Dream
dans le mitan du lit sous les grains
la folle beauté des choses
consubstantielle et évidente

Par chance et aussi par vouloir

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Par chance et aussi par vouloir / Je dors en Bretagne ce soir

L’évanouissement des vagues / L’ombre d’un chemin qui zigzague

Les bruines de l’arrière-saison / Voilant des ports sans horizon
Une sirène qui résonne / Portant mélancolie d’automne
Le galop fou du vent salé / Sur l’infini des monts d’Arrée

L’alignement mégalithique / Que fait reluire la pluie oblique

Par chance et aussi par vouloir / Je dors en Bretagne ce soir

Dans la beauté

Gilles Servat

Départs.

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La gare de M et le turbotrain orange qui nous emmène, mes parents, mon frère et moi, dans le sud de l’Italie, vacances d’été chez mes grands-parents, Rosa et Antonio, deux déjà vieux qui ne parlent pas trop français. Mais j’aime bien, ça parle fort, ça s’apostrophe, on mange de la pastèque et la journée passe.  Soleil trop chaud jusqu’à 17h, plages sans marées, citronnier-oranger dans la petite cour de la maison de N.

 La cour du collège et le départ du bus qui mène la classe à la gare, on prend le train pour Venise, voyage scolaire. C’est très peu de temps après la mort de mon grand-père, on dort dans un ancien couvent un peu délabré, verrerie colorée à Murano, fine pluie sur la place Saint-Marc.

 Le bus Saviem de la colo Peugeot en partance pour Belle-Ile, première escale bretonne. L’odeur de gasoil me donne mal à la tête, et des heures de route bercée par la torpeur du voyage…

 Le quai de Port-Maria à Quiberon et le Guerveur dont les diesels ronflent dans le petit matin, juste avant l’embarquement pour Belle-Ile, les yeux pleins de sommeil de la nuit passée dans le train de nuit, à cinq heures du matin en arrivant sur la presqu’île, je tourne la manivelle de la fenêtre du compartiment : air marin à plein poumons, fermer les yeux dans le vent, pendant que le vieux train vert foncé égrène les dernières petites gares avant Quiberon.

 Le quai de Palais au retour, sur l’Acadie cette fois,  je traîne mon sac à dos en vrac de pulls marins humides et de carnets de route colorés, et déjà la nostalgie de l’île pas encore quittée.

 La rade de Lorient, embarquement pour une journée d’été solo sur l’île de Groix,  hangars militaires comme des baleines noires échouées,  je m’abandonne au soleil sur le pont du bateau, l’eau scintille et éblouit.

 La gare de M. encore, trop familière, trop connue et depuis si longtemps… presque trop modeste pour un départ, et pourtant le train s’éloigne toujours, et avec lui  la haute silhouette du Château des Ducs de Wurtemberg.

 La gare de l’Est à Paris, gare de terminus comme toutes les gares parisiennes, avec ses quais parallèles et courbes, la place réservée est toujours dans la dernière voiture,  je remonte le quai avec mes bagages, retour vers l’est pour un week-end au milieu de quatre années de vie parisienne. C’est la gare des origines, verrière Eiffel où le vent s’engouffre, les allers-retours entre Paris et la famille, c’est aussi ma gare de transit vers l’ouest.

La gare Montparnasse à Paris, vaguement souterraine, acier et verre fumé, encastrée dans les immeubles, quais rigoureusement droits et parallèles. Gare de départ vers la Bretagne terre promise, versus retour déprimé.

La station de RER Les Halles à Paris, plaque tournante de toutes les errances parisiennes, de l’étoile de rails souterraine j’essaie toutes les directions pour le prix d’un ticket.

La gare de Brest un jour d’été, après les dunes de Lostmarc’h, S sur le quai, son sourire et le bleu de ses yeux, le train s’éloigne mais le cœur, jamais.

La gare Saint-Lazare à Paris encore, peu pratiquée, un peu excentrée, presque une anecdote dans ma vie, quelquefois l’été je prends le train pour Bréauté-Beuzeville (76), à Bréauté j’échange le train contre un bus départemental, destination à travers le vert bocage : Etretat et ses falaises.

L’aéroport de Roissy CDG à 4h du matin, immense et désert, pas tout à fait, vigiles en uniformes et chien-loups, voyageurs en attente d’embarquement assoupis sur des banquettes métalliques trop dures. Je lis Charlie-Hebdo, Libé, avec Rosanna on attend l’avion de Air Lingus pour l’Irlande, dans quelques heures Cork, la côte ouest à couper le souffle, road movie côtier.

La quai du Conquet au petit matin en décembre, vestes de pluie et bonnets, avec JM, on a dormi à l’Hôtel du Bout Du Monde ça ne s’invente pas, l’Enez Sun amarré, pont bleu et blanc, les haussières tendues, encore au calme avant la mer d’Iroise et la traversée du Fromveur vers Ouessant.

La jetée de l’île de Sein et le petit phare vert et blanc de Men Brial, dans la minuscule agitation du départ imminent, je rentre sur le contient et ça claque comme une déchirure.