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Court métrage

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(Les mots en MAJUSCULE sont issus d’un générateur de mots)

Depuis mon départ de Cap Cod, j’ai cette IMAGE devant les yeux, comme un écran entre moi et la réalité.
Je suis dedans, entre les maisons, et puis soudain, de plus en plus, le RIVAGE s’éloigne, la terre ne forme bientôt plus qu’une bande brumeuse.
Maintenant je suis vivant, et l’image reste toujours là devant mes yeux.
Cette question de la vocation, depuis le début de l’histoire, est un DILEMME.
Il avait fallu une RENCONTRE, notre rencontre, lui avec sa tignasse brune en bataille, sa chemise trouée au coude et l’odeur de térébenthine qu’il trimballait partout comme un halo.
De sa MAISON isolée, à la pointe, je vois tourner le phare de White Island, lumière du bonheur et maléfice de nos (trop) fréquentes disputes.
Ici, dans la maison de la pointe, à Cap Cod, chez lui, je n’ai plus aucun REPERE, et j’aime ça.
On vit comme ça, entre fusion et déchirures, chacun ses pinceaux et ses couleurs qu’on ne mélange jamais, on vit comme ça plusieurs saisons, jusqu’à l’INCENDIE.
Là, il faut PARTIR.
Se demander ce qui nous RELIE.
Je MARCHE longtemps, de long en large devant les débris de la maison encore fumants puis bientôt refroidis.
Ca sent le DEPART.
Il faut traverser la LANDE désolée, me résoudre à rejoindre une ville, des gens peut-être, à prendre un autre chemin que le sien.
Je garde en moi une impression, la sensation de la VISITE d’un ange.
Cap Cod reste la maison bleue, l’ATELIER des jours heureux.
MODIGLIANI, sa tignasse brune, sa chemise trouée au coude, son élégance dans le geste…
C’est pas moi qui ai balancé l’allumette vers la bouteille d’ESSENCE de térébenthine.
Mais le FEU prend vite, je saute par la FENETRE.
Mon AMOUR est déjà mort.
Plus loin, un TRAIN, je suis dedans.
J’ai sous le bras sa dernière TOILE, à jamais inachevée.
Je ne connais pas ce MODELE, un jeune homme brun que je n’ai croisé qu’une seule fois dans l’escalier de l’atelier.
Ma VIE s’écroule à mes pieds comme du verre brisé.
De l’ESCALIER je regarde vers le large.
Dans le LOINTAIN sûrement, le salut.
Une nouvelle vie en NORVEGE.
Ma BARQUE ne peut pas couler, l’incendie a déjà tout ravagé.
Il ne me reste que les MOTS.
Bientôt quelqu’un appuiera sur la SONNETTE.
A nouveau un AMI entrera dans l’atelier.

Dix ans depuis l’incendie.
Dans la maison bleue que j’ai achetée sur une petite île de l’archipel de Stockholm, le tableau de Modigliani inachevé à jamais me tient compagnie.
Toutes sortes de gens passent à  l’atelier, et même certains prêts à tout pour emporter ton tableau !
Je vérifié une fois encore que la sonnette fonctionne.
Je commence à croire que jamais un nouvel ami n’entrera dans l’atelier.

Amédéo Modigliani

La ballade du mois d’août 2012 # 5

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Canicule.          Vent brûlant, herbes calcinées.           Ciel voilé.
Feu sans flammes, incendie aérien.           L’orage tourne au-dessus de Sisteron, pas si loin, là-bas au bout de la vallée.
Au-delà gris et blanc                             sur les chaines de montagnes.                   Tonnerre sans éclairs.
Notes cristallines du carillon                                          dans l’arbre, puis dans l’air.                         Du vent qui ne cesse de sembler vouloir s’élancer                           pour retomber aussitôt montent de fugitives fraîcheurs relatives.                                                        L’air redevient respirable.
Au matin,     bruit de machines agricoles en bas dans la vallée.                                                                                                                             Dans le jardin des Den une minuscule grenouille mordorée,
un noyau de pêche patiné par le temps comme un cerveau miniature à vif.
Le soir, crépitement                       régulier                               et inversé de l’arrosage automatique                                              du jardin.
Sur les dalles de la terrasse, feuilles                                                            sèches arrachées au cerisier : prémices de l’automne ou vestige de sécheresse ?
Tourbillons d’air plus frais                                          et très vite sec et brûlant                                                   à nouveau.
A l’angle extérieur de la maison,              sous le toit,                                                     un double rail montant/descendant  de fourmis,
ininterrompu depuis notre arrivée,                                    au moins.
Dans le jardin, tomates au goût d’été.                 Ciel voilé.                    Vent brûlant, herbes calcinées.                  Canicule.

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Jour d’octobre

c’est comme un train
il trace au loin la ligne des rails, et puis ses feux, rouges presque plus, déjà plus train.
Alors le livre. Arpenter la voie, saisir les indices, goutte à goûter les mots
Une lumière caresse, et le dire des jours
je me suis laissée saisir.
Le souffle lourd des pierres au plomb du soleil, et
je, éblouie de ses mots, et la voix, distincte, écho.

Jour d’octobre

c’est comme un train et déjà plus
Persistance d’un froissement de vie trop tôt, et puis
Au sang de l’écriture, estafilade invisible des mots
jetés, poignée de sable ou d’étoiles, c’est selon
je me suis laissée saisir.

Fumeroles après l’averse, impalpable éther dans l’ivresse de la rencontre
loin du jour vide et lent et semblable

Ici la joie d’une source pure, au profond de l’être
et avant toute nuit.