Archives de Catégorie: Poésie

Nocture

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Dans la nuit très tard je m’accoude à la fenêtre ouverte. Pleine lune, tout au sud-est sur la rade. Immobiles jardins. Immeubles éteints. Rues désertées. A la lisière du port les girafes-loups assoupis. Tout à coup déferlent des vagues de brume, au dessus de la rade d’abord, puis de la ville. Comme des fantômes glissants, elles engloutissent la lune, les lumières du port, les girafes-loups, et prennent corps dans le faisceau des lampadaires. Ainsi vivent les jardins, la nuit, en ville.

Terre de Sienne brûlée

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arrées

Partout présence granitique
grand vent sans obstacle

course de Brennilis à Brasparts
les roches brillent comme des diamants

cassures brutales du vent
écho aux fractures rocheuses

herbes brulées à-pics coco des ajoncs
et verticales souples des herbes fauves

alentour toute terre est brumeuse
et le lac, Yeun Elez au profond mystère

Retour au chemin de cailloux
cicatrice des Arrées.

Lundi.

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Midi l’hiver.
Il pleut.
Je suis dans la maison
dès le matin
ton départ.
J’écoute
La Grande Traversée
sur Duras,sa voix
archivée par l’INA.
C’est un voyage.
Le parfum du curry
vers midi.
Il pleut
de plus en plus.
Je remets une bûche
dans le poêle.

Duras
la pluie
le feu
le curry
puis
ton sourire
bleu.

Dans le poivre feu des gerçures

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I .
Lever du jour en direct live sous la couette
chambre 21 :
1 la nuit devient plus claire
2 le ciel jaunit
3 l’orange pastel s’installe
et le rose guimauve.
La mer
clapote sur les pavés du quai
juste là, en bas, tout près.
Personne.
Sur la jetée de bois, les lampadaires
éclairent
l’absence
profilent
la non-présence.
Puis tout s’éteint.
La lueur jaune explose derrière la lanterne désaffectée du phare
le jour et le soleil inondent la baie de Cancale.

II.
Chemin sous les pins, côtier
villas désertées, endormies
gris bleu en mouvement, sur la baie
et le Mont au loin, brumeux.

III.
Sentiers trop larges
sémaphore immobile
ile des Landes, mystérieuse
blanc sur la Pierre du Herpin
et le vent vient de l’ouest
fracas de la mer
sur les roches déchirées.

IV.
rando / falaise / plage
vent / vagues / ciel
soleil bas / personne

V.
Crêperie rose – mais pas de crêpes
Saint-Malo l’hiver – macaron vanille
la digue explosée sous les vagues
et cette nuit – noire dans les draps blancs.

[titre emprunté à La mémoire et la mer, Léo Ferré]

Soudain les arbres frissonnent

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Presque 18h, Crozon.
Flotte un air de neige.
Il fait nuit maintenant.
Les décors de Noël dans l’ombre.
Seules les vitrines allumées.
Quelques gouttes
portant mémoire de lointains flocons.
Du granite de l’église fuit
une lumière diffractée par les vitraux
Arc-en-ciel de nuit.
Les passants se hâtent vers leur fin de journée
Anonyme.

A peine plus tard
dans l’allée gravier du manoir
la nuit immobile
et la haute silhouette
aux fenêtres allumées.
cela, se découpe sur un sombre ciel
bosselé de nuages
où perce une lune en voie de plénitude

[est-ce-qu’on dit plénitude, pour la lune ?]

Les limites du monde sont là
l’instant
la nuit
la lune et le feu
le silence et les nuages
le ronron du poêle.

La journée ainsi s’achève
dans le calme oubli du soir.