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48° 27,549’N, 05° 07,740’W

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La-chambre-de-veille    Beaucoup de gens ont la lucidité de ne pas se demander s’ils pourraient y vivre, car il faut une âme durcie au feu pour se nourrir de l’infinie variation du vide et de la lumière. Il ne faut plus croire en rien pour reconnaitre ici les réponses que cette terre porte à l’aurore et au crépuscule, comme les basculements de la vie vers la merveille.

[Alexis Gloaguen in La Chambre de Veille
résidence d’artiste au Créac’h, Ouessant, nov.2010 > fév.2011]

"Nous lavons nos bols dans cette eau" (extrait)

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« Les quelque 1,5 milliard de kilomètres cubes d’eau sur la terre sont divisés par la photosynthèse puis reconstitués par la respiration une fois tous les deux millions d’années environ. »

Un jour sur la côte déchiquetée du Pacifique Nord, trempé par la brume cinglante, rafales de pluie en cascade, étangs miroirs de la montagne, gadoue des champs de neige, rivières qui charrient les sédiments rocheux, chutes d’eau qui emplissent les oreilles, flocons qui tombent en spirale sur les crêtes, rivières rapides et caillouteuses, glaciers friables à l’approche de la mer, glaciers haut perchés, mares boueuses près du rivage, icebergs, cours d’eau qui partent en boucle sur l’estran, embruns au goût de saumure, pluie douce et lointaine qui pend d’un nuage,
des otaries paressent sous la surface de la mer –

Nous lavons nos bols dans cette eau
Elle a la saveur de la rosée d’ambroisie –

Gary Snyder

"Montagnes et rivières sans fin"

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Gary Snyder

Assis en tailleur sous la tente basse,
faible lumière, après dîner,
buvant du thé. Nous vivons
dans le vieil Ouest aride

soulevons nos chemises peau nue

approchons-nous             les lèvres se touchent


gestes de toujours.
Après l’amour, poèmes, poèsie,

toujours nouveau, la même substance

vie après vie,

comme si Milarepa

avait quatre fois construit une tour de pierre
et qu’à chaque fois c’était comme la toute première.

Notre amour se mêle aux rochers et rivères.

(Gary Snyder, in « Montagnes et rivières sans fin »)
Biographie de Gary Snyder par Allen Ginsberg et sur la Beat Generation ici :
http://jerryroad.over-blog.com/7-categorie-10273318.html

Deux mille onze.

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« Cette nuit-là, comme toutes les nuits à bord d’un train, j’ai senti s’étendre un « espace intérieur » dans lequel je me retrouvais inatteignable, à l’abri des intempéries de l’existence. Lancé dans le dédale ferroviaire, j’avais semé mes poursuivants ou les tenais à distance comme le protagoniste d’une nouvelle de Kafka, Le Terrier. Dans cet espace intérieur, le temps des autres, celui de la vie quotidienne, n’a plus court. Il a cédé la place à un temps décanté des impuretés, apaisé et ralenti, qu’on peut appeler détachement. Le détachement est le terminus de tous les voyages. Sensation d’avoir décroché l’un après l’autre tous les wagons derrière le sien, de s’être allégé, perception du bruit que font les ponts quand ils sautent après son propre passage… »

Mes trains de nuit (Eric Faye)

Transsibérien…

Le voyageur magnifique

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Des Gauloises Bleues à Rumeurs, d’Océans à Epreuve d’artiste en passant par Le voyageur magnifique, Yves Simon…

Des débuts cahotiques de l’adolescence à la découverte de l’âge adulte, une route, bleue, comme la fumée des Gauloises…

« Est-ce une niche dans laquelle on se love ? Est-ce un morceau d’univers sur lequel on règne ? Est-ce un vague arrangement ? Un contrat pour remédier à la solitude ? Est-ce la découverte d’un lieu inconnu ? Est-ce l’exploration d’une vie ? Est-ce la recherche d’un double ? D’une autre moitié qu’un dieu amateur de puzzles aurait cachée ? Est-ce un pari ? La recherche d’une unité perdue ? Datant de quand ? Instaurée par qui ? Est-ce un miroir ? Un souvenir d’enfance ? Une idée de bonheur ? Un rêve ? Est-ce une douce quiétude ? Une passion ? La guerre ? Est-ce une idée de la perfection ? Y pense-t-on en mourant ? Est-ce une perdition ? La négation de soi ? Est-ce un désespoir ? Une religion ? Est-ce l’accomplissement d’un programme ? Génétique ? Cosmique ? Est-ce la sainteté ? Est-ce une malédiction ? Un corps à étreindre ? Une âme à deviner ? Est-ce un morceau d’espace/temps accéléré ? Ou l’arrêt du temps ? Ou la fin de l’espace ? Est-ce une équation à résoudre ? Une addition de qualités et de beautés ? De l’antimatière ? Un monde retourné ? Un aspirateur de sentiments ? Un trou noir de l’espace ? L’autre face d’une galaxie ? Est-ce un hasard ? Un silicium émotif ? Une caresse qui n’a pas de fin ? Un poème à vivre ? Une naissance et une mort mélangées ? Le début de l’éternité ? Un labyrinthe ? Un stratagème ? Un attendrissement ? Est-ce entrer dans l’âme de quelqu’un ? S’y dissoudre ? Est-ce l’océan qui tient tout entier dans la main ? »

(Yves Simon, L’amour)

http://yves-simon.com/

Les déferlantes. Extrait II

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Photo Antoine Soubigou

« Lambert était assis au soleil, le dos contre la digue. Je n’ai pas été étonnée de le voir là. Sa maison n’était toujours pas vendue. Il ne semblait pas pressé de partir. Je savais que l’on pouvait rester très longtemps comme ça, les yeux dans la mer, sans voir personne. Sans parler. Sans même penser. Au bout de ce temps, la mer déversait en nous quelque chose qui nous rendait plus fort. Comme si elle nous faisait devenir une partie d’elle. Beaucoup de ceux qui vivaient cela ne repartaient pas. « 

Les déferlantes. Extrait I

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Photo Clik et Clak

« Le soir est tombé. Derrière chaque fenêtre, les lumières s’allumaient, elles filtraient, jaunes à travers les rideaux de dentelles.
Dès cinq heures, les tables des cuisines devenaient les tables des confidences. Les mains autour des tasses. Les têtes penchées. Rapprochées. Les verres qui traînaient, les torchons au-dessus des poêles.
C’était la fin du jour. Pas encore la nuit. Mais cette heure terrible où les ombres reviennent. Les chiens ont commencé à gueuler.
Un premier faisceau de lumière a glissé du phare sur la surface de l’eau, il a éclairé le port, le mouillage des bateaux. La lumière a aussi éclairé La Griffue et tout a été à nouveau plongé dans le noir.
J’ai croisé des silhouettes, des êtres devenus des ombres, parfois à ce point seuls qu’ils frappaient à n’importe quelle porte pour s’approcher d’un regard ou d’un feu. Ceux chez qui personne ne passait se trainaient jusqu’au bistrot. Les conversations s’étiraient. Le rideau un peu tiré. Même quand il n’y avait plus personne à voir, il suffisait d’une ombre. Et quand à parler de soi ils n’avaient plus envie, il leur restait encore à parler des autres. Des vivants et des morts. »