Archives de Catégorie: lieux

48° 27,549’N, 05° 07,740’W

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La-chambre-de-veille    Beaucoup de gens ont la lucidité de ne pas se demander s’ils pourraient y vivre, car il faut une âme durcie au feu pour se nourrir de l’infinie variation du vide et de la lumière. Il ne faut plus croire en rien pour reconnaitre ici les réponses que cette terre porte à l’aurore et au crépuscule, comme les basculements de la vie vers la merveille.

[Alexis Gloaguen in La Chambre de Veille
résidence d’artiste au Créac’h, Ouessant, nov.2010 > fév.2011]

Un jour j’irai à New-York avec toi

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On prend le TER. Il fait froid à Rennes. On mange un Spanish Harlem. On fait les soldes. Pas de chaussures. Un pull à col roulé TBS. Un cappuccino près du manège, à la nuit. Le bus. Et puis une maison près de la rivière, en ville, un ponton. Un air de Copenhague. Des amis, la rigolade, le gâteau blanc de A. La nuit dans un autre lit. Puis la pluie, la gare, le TER.

Dans le poivre feu des gerçures

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I .
Lever du jour en direct live sous la couette
chambre 21 :
1 la nuit devient plus claire
2 le ciel jaunit
3 l’orange pastel s’installe
et le rose guimauve.
La mer
clapote sur les pavés du quai
juste là, en bas, tout près.
Personne.
Sur la jetée de bois, les lampadaires
éclairent
l’absence
profilent
la non-présence.
Puis tout s’éteint.
La lueur jaune explose derrière la lanterne désaffectée du phare
le jour et le soleil inondent la baie de Cancale.

II.
Chemin sous les pins, côtier
villas désertées, endormies
gris bleu en mouvement, sur la baie
et le Mont au loin, brumeux.

III.
Sentiers trop larges
sémaphore immobile
ile des Landes, mystérieuse
blanc sur la Pierre du Herpin
et le vent vient de l’ouest
fracas de la mer
sur les roches déchirées.

IV.
rando / falaise / plage
vent / vagues / ciel
soleil bas / personne

V.
Crêperie rose – mais pas de crêpes
Saint-Malo l’hiver – macaron vanille
la digue explosée sous les vagues
et cette nuit – noire dans les draps blancs.

[titre emprunté à La mémoire et la mer, Léo Ferré]

Regarder la lumière

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A l’aube d’un matin d’été breton, nous faisons route vers le sud.
Le sud, Finistère.

Kerity-Penmarc’h. Grand soleil bleu, la lumière claque au  blanc ciselé de la lanterne d’Eckmühl.
Rando à la traverse du village, jardins fleuris et clos, cours marines, pierre des murs.
Et puis l’ancienne voie ferrée longeant le marais…

Midi aux dunes de Pors Carn et la plage caraïbe sur sable blanc et fin.

Plus tard on longe les roches de Penmarc’h, immense champ de cailloux balisé de signaux, le soleil tape fort, les maisons s’alanguissent, animaux marins échoués en sommeil.

Traversée du port de Saint-Guénolé, ici la vie travaille, vol affolé des goélands au-dessus des bateaux de pêche et ramassage d’étiquettes de criée…

A nouveau la haute silhouette d’Eckmühl et tout cela que l’été traine dans son sillage.

Plus tard encore, la nuit en haut du phare, presque  la nuit, sur le chemin de ronde.
L’espace déchiré chaque cinq secondes par le double faisceau de l’optique de Fresnel.
Découpe des côtes, humains là en bas, lumières petites, vent des hauteurs.
Vieilles légendes oubliées, mémoire des champs de roches devant Penmarc’h.

Au Poisson d’Avril, terrasse de bois sur le large et l’entrée du port du Guilvinec.
L’odeur de la nuit marine envahit la couchette de la capitaine où tu dors dans mes bras.
Par la fenêtre grande ouverte, clignotent les balises et les feux du port.

On dirait le sud.
Finistère sud.

C’est comme on avait dit un coin de paradis

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Dimanche, 13 juillet.
8h30 port de commerce.
Retrouvailles avec la Pen Ar Bed.
Crachin de grand coeff gris.
Combien de temps, depuis la dernière traversée ?
Belle-Ile, Ouessant, Sein…

Forêt de mats sur arrière fond de château.
Piles de Recouvrance.
Brest la grise, au sud la presqu’île disparue.

Tout fantôme hors le navire.
Gerbe d’écume à bâbord de l’étrave.
Flashs colorés des balises en mer.
Ilots comme des animaux marins.
L’Ile Longue et son nucléaire tapi dans la brume.
La Pointe des Espagnols.
Un ponton japonais.
Des pins parasols.
Landes et falaises forts et batteries désarmées amers.
Maisons avec vue.
Nords Ecosse landes éperdues.
Percée de soleil puis mer de plomb.
Ronronnement des diesels et puis

escale à Camaret.  Au quai l’agitation des transbordements. Ceux d’été. Famille, touristes équipés comme pour le Pole Nord et ceux en short-sandales, gamins crassoux ou total look Cyrillus, polaires et sacs-à-dos, casses-dalle dépassant du sac, bébés, chiens, tenues de villes et parapluies, si si, poussettes de rodéos. Mais pas tant de monde au final. Transbordement donc, avant le grand large. L’odeur des diesels. Traversée au large de la baie de Douarnenez. Le Toulinguet phare et sémaphore, à tribord Saint-Mathieu.  Là-bas le Cap Sizun, flou et brume.

Et puis
l’île.
d’abord un mirage sur l’eau
l’amer du grand phare
la cale de Men Brial
le gris se déchire l’azur prend place.

Quai des Français Libres.
Quai des Paimpolais.
Dispersion des gens.
Je prends le sentier du grand phare.

Voiles tendues sur une terrasse de bois, dernière maison sur le chemin, porte ouverte, une odeur de café, j’entre.
Dans l’atelier de Didier-Marie Le Bihan, un comptoir à l’ancienne, une machine à café, des galettes bretonnes bio, le bric à brac du peintre, devant la fenêtre des rayonnages de bois où chuchotent les céramiques de Christelle Le Dortz, en dessous quelques rayonnages de livres. Des chaises cannées, quelques fauteuils. Café. Un couple, pas tout jeune, en pleine discussion sur le tout-et-rien avec DM. Des habitués, venus du sud, et amoureux de Sein. On  parle sud, île, nécessité de ne pas, temps de vivre… Une bien chouette escale.

13 h au sommet du grand phare.
La carte de l’île grandeur nature sous mes yeux.
bleus verts vents pierre roche lande horizon amers
village église Pointe du Raz La Vieille Thévennec
loin en bas ronron régulier des diesels
en dessous aussi le vol des goëlands
sur le rail d’Ouessant silhouette d’un porte containers
l’eau calme étale Caraïbe
dans les flaques les laminaires
Redescente 250 marches. Exit le 360°.

Soleil de plomb, changement de décor. Crème solaire, débardeur, chapeau
le bleu acier du ciel et la ligne d’horizon nette comme une lame de couteau.

Au port les bateaux à l’ancre tirent sur leur longe
face à la Pointe du Raz, mer immobile.

[aucun gris
aucun bleu
seuls tes yeux]

Wonderful life

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Bénodet, l’été au sud Finistère. Tout est bleu et lumière, odeur des pins, vacance sur la corniche de l’Odet. Tourelle du petit phare blanc, soleil encore chaud qu’absorbe la peau, la mer entre les branches d’un grand pin comme chez Hokusaï, chez Hiroshigé, le courant se fend au pied des balises. Le soleil de vingt heures claque sur le blanc des façades. C’est blanc c’est bleu comme en Morbihan. Sur l’autre rive de l’Odet, villas éparses, éblouies.

Et puis les gens. Plaisance qui se donne des airs de vieille marine à voiles, vélos, tenues d’été, retour de plage ou de soirée pour le resto… Kitsch, voyant, local… Ca fume en terrasse où les gens dînent, ça sent l’after-chèvre bon marché, ça drague en racontant sa vie, wonderful life, la fille fait oui… oui… mmm… mmm… en chipotant son foie gras d’un air ailleurs…