Archives de Catégorie: L’addition de la journée

L’addition de la journée # 17

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Insomnie de fin de nuit. Le film de la vie –cette vie-là– défile dans le noir d’un demi-sommeil. Au lever du jour la route. La brume à ras des champs. La ligne pure du Menez-Om trait de fusain noir et net se découpe sur un lever de soleil orange savane. Contraste entre la paix éternelle du lever du jour et le chaos radiophonique. Tout est suspendu. Seul l’instant. Seul l ‘ici. Juste avant Le Faou, sur la gauche, arbres à la Henri Rivière.

L’addition de la journée # 16

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On déménage. On fait des allers-retours avec des sacs des meubles des cartons des caisses. On monte mille marche, on descend mille marches. On va chez le suédois, on regarde les canapés les cuisines, on dit beuk, bof, oh yessss ! On n’achète rien en fait on laisse tomber le suédois et ses bric broc bois. On va au Conquet, aux Grands Sables en fin de journée changer d’air, l’eau y est froide et bleue et ventée. On marche dans la ville le port l’hotel Sainte-Barbe en ruine les maisons les jardins la chapelle Ouessant là-bas un soir d’été encore.

On déménage. On fait une grasse mat parce que quand même. On fait des allers-retours avec des sacs des meubles des cartons des caisses. On monte mille marche, on descend mille marches. On passe le pont de Recouvrance à pied et on va sur le port de commerce de pêche de plaisance, à la terrasse de La Base on boit un Møn, et c’est bleu c’est chaud c’est beau comme en été.

On déménage. Mais ce soir tu pars à Paris. Sur le quai de Brest Station je ne pleure pas. Le TGV t’emporte et je moi je reste là. Je vais au cinéma, voir 3 Coeurs, pour Gainsbourg, pour Mastroiani, pour Charlotte, pour Chiara, et puis c’est comme un thriller, ça dit la vie le destin les rendez-vous manqués et ceux où tu étais, ça dit cette force là qui est nous et tellement plus. Ensuite je sors du cinéma il a plu et la ville fume. Un autre jour le hall de la gare de Brest à nouveau, c’est le soir, un jeune homme noir joue du piano et ses notes ricochent aux peintures des grues et des quais. C’est la nuit déjà il fait frais enfin, le TER entre en gare.

L’addition de la journée # 14

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C’est tard dans la nuit que j’avais rejoint mon lit.
Bien après l’extinction des feux à l’Hotel du Square.
Les lumières de l’arsenal brillaient, immobiles.
L’Ile Longue si claire qu’elle annonçait la pluie.
Réveil tard déjà, la lumière filtre par les volets.
Brest la grise flotte comme un mirage au nord.
Les piles du pont caressent le ciel tout proche.
Chaleur de la couette encore, lire comme un chat.
Volutes de thé hivernal dans l’atmosphère épicée.
En ville les lumières de Noël peinent à raviver le jour.
Chalands partout, dispersés cependant, affairés.
Vitrines où rien ne m’attire, choses ici trucs là.
J’ai RDV avec un inconnu pour un troc de billets de train.
Ensuite je me perds chez Dialogues.
Feuillette, feuillette, repose, repose, relis la 4ème.
N’achète pas. Me dis qu’il faudra s’en souvenir.
Du titre. De l’auteur. Sais que ça n’arrivera pas.
Plus tard, en bas de la rampe l’Abeille Bourbon est à son quai.
Marée haute. Tous les restaurants ouverts. Gris.
Du monde aux terrasses (des qui fument).
On ne voit plus la presqu’île, juste du gris.
Je remonte à la Vigie, je lance le CD de Norah Jones.
Sa voix égaie la pluie qui cingle  les vitres.
L’arsenal se noie, grues immobiles.
Je mange du bleu du Vercors avec de la salade bio .
Et du  pain au sésame bio. Du thé encore.
C’est le début du week-end. Tout à l’heure la route.
Passer le pont. Retrouver les gris de l’île presque.
Et parmi tous, mon préféré, le gris fou de tes cheveux.

L’addition de la journée # 13

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Réveil au jour allumé déjà
La Vie des Feuilles dans le rectangle de la fenêtre
Des empreintes digitales aux reflets du parquet blond
Nos minutes pleines sous la douce chaleur de la couette
Cette odeur de brioche grillée dans la cuisine du Manoir, beurre et miel, bretons
Une crème aux plantes spéciale crinière et des marrons glacés
La sieste au soleil dans la voiture -la sieste vient quand elle veut-
La plage déserte et les dunes fauves, les gris du ciel les vagues vertes
Et des immensité de sable beige des bois flottés
Un Père Noël de pacotille : même pas de papillotes
La rade et Brest au loin, illuminée de soleil
Un élixir gingembre pommes chez la Voyageuse Brune
La nuit des livres et des mots au coin du poêle
Et puis ta tête sur mon épaule et la première étoile.

L’addition de la journée # 10

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blanc


d’abord c’est gris

je me rendors
je me réveille à nouveau
soleil petit vent tiède
l’étang s’étale au pied des monts
un peu de brume la-haut persiste
vert vert vert
les arbres déplient leur feuilles
les arbres déploient leurs fleurs
prudemment
sur l’eau verte les risées du vent
et des canards
les chants des oiseaux
le sentier sous bois
un escalier monte
à la plateforme de l’observatoire
de la-haut on domine tout l’étang
nul bruit rien d’humain
frôlement des ailes sur l’eau
bruissement des envols
cris des oiseaux
dans la sérénité de l’instant

L’addition de la journée # 7

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Le 3.

Au lever du jour, lever du soleil, vent d’est, froid, mer formée, blanche.

Salutation au soleil à l’allée couverte de Bretteville, éternelle, immobile, témoins les ancêtres.
Fracture brève dans le temps.

A Saint-Vaast-la-Hougue, vagues furieuses claquant sur les digues, une brume épaisse et humide en provenance de l’est envahit la mer, déchirée à intervalle réguliers par la corne de brume, stridente.
« C’est lugubre, cette corne de brume ! »
(entendu sur le port, un couple entre deux âges, ils portent la même veste, le même bonnet, d’ailleurs il approuve).

Mais moi, j’aime ça, la corne de brume.

Mon côté austère sans doute, côté granite, côté ardoise, côté fille de la côte, oui c’est moi.
Grand vent, et donc corne de brume qui charrie l’air du large, vents verts, vents gris, chers à Xavier Grall…

A l’épicerie Gosselin, provision de thé vert à la violette (en promo) et thé vert Sencha Jardins de Mogador
la vendeuse renifle
les quidams déplorent une météo peu clémente.

Mais moi, j’aime ça : me sentir traversée par la météo, renaitre dans les vents, l’iode jusqu’à la plus petite cellule…

Sur la route du retour, Micro-fiction sur France Culture, le mot du jour : intuition.
« Quelquefois j’ai cru entendre la voix de l’intuition alors qu’il s’agissait de l’illusion ».
C’est une série, intitulée Y’a pas que Marie Curie dans la vie et ainsi présentée dans le programme de la radio :
Derrière chaque mot se dévoile une femme, et derrière chaque femme se cache un mot…
Une fois qu’on est devenue femme, à quoi le reconnait-on ?

Amarré au quai des transatlantiques depuis ce matin, le Marco Polo, un petit paquebot de croisière (700 passagers), jolie gueule, effilée sur l’avant, cheminée typique, bleu et blanc, envie de voyage encore.
Escale, en attendant.

Froid encore, écume sur les digues, vent forcissant encore.

Fin d’après-midi à la librairie Les Schistes Bleus, petite librairie indépendante, avec une âme, celle-là !
Agréable échange avec la libraire, choses simples et justes.
Je feuillette un James Sacré, le remets en rayon, j’hésite.
Je repars avec Désobéir dans l’entreprise (Edition Le passager Clandestin !!) et Le canapé rouge (Michèle Lesbre) parce-que ça se passe –un peu- dans le transsibérien…
Là encore, rien au-delà de Sarah Waters. Triste monde.

Retour home après un arrêt sur la plage d’Urville où les vagues se fracassent sans relâche.
Un kitesurfeur vole sur les flots

La nuit tombe, tard
Le vent forcit encore

Cake au citron, thé aux épices

Passage du Marco Polo au large
tous feux allumés dans la nuit de mer

Ecriture

La vie

La nuit, ici…

Vent.