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Quelque chose déjà préfigure l’hiver

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17:56 au tableau de bord du break
on est là, dans la voiture, arrêtée le long de la plage de Goulien
fin d’un bel après-midi d’automne
par les fenêtres à demi ouvertes le bruit vif des vagues arrivant par séries
belles formée vertes et transparentes
du monde à l’eau
du monde sur la plage
l’armada habituelle de locaux secondaires gamins chiens
étrange vu d’ici ce petit peuple épars dans les embruns de l’estran
il y a aussi l’odeur puissante mais errante du varech
odeur brune salée mouillée
les herbes de la dune sont immobiles un peu sèches un peu rousses
le bleu du ciel s’en va vers les terres
du large les nuages courent vers nous
le relief des roches s’estompe avec le retrait de la luminosité
quelque chose déjà préfigure l’hiver
l’hiver encore loin mais dont malgré elle
la plage
se souvient.

Pendant que tu dormais

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la tempête a englouti même le soleil
le bleu et la lumière d’hier

par la fenêtre-rectangle
un tiers de gris d’eau
zébré d’un long trait de fusain          [la rade]

un tiers de gris en trois temps
foncé         [Ile Longue]
plus clair         [Presqu’ile de Crozon]
dilué          [Presqu’ile de Plougastel]

un tiers de gris mouvant moutonne et fugue
arabesques vers l’est           [le ciel]

quelques barges longues et plates
à l’attache immobiles dociles et lascives

à la proue du fier Argonaute
gerbe l’écume blanche du petit matin
au large vers Plougastel un vraquier
à l’ancre attend son heure

le souffle du vent s’est affaissé soudain
comme une voile qu’on désarme

sur la fenêtre rectangle
constellation de petits diamants
fines et rondes gouttes de pluie
oubliées par l’averse

derrière moi au nord
l’imperceptible ronron de la ville humide

Un thé au Conquet

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Un thé

[pour S.]

dormi dormi dormi et puis

éclaircie du ciel qui bleu puis brume
au loin Ouessant île des femmes

flotte la mémoire
contient  le désir

aux rias de sables blonds
soleil et vent du large
nouent un fil rouge un fil violet

à la passerelle la mer a monté
le Conquet s’alanguit sur sa falaise

parquet ancien abri cosy
la nuit qui tombe

et puis du thé
Fleur Bleue La Grande Vinotière

en face de moi tu dessines
des poissons au crayon gris
dans ton petit carnet

perles oranges à ton poignet
étoiles lumières de fêtes encore
les sorcières se fondent dans le décor

Les gens, à l’extérieur, parlent une autre langue.

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ompio1.

En contre-bas
En contre-bas scintille le lac
la lumière, l’été,
et cette chaleur qu’ailleurs, jamais.
En contre-bas dans la vallée
ici sur le contrefort de la montagne
luxe de fleurs, luxe d’arbres
et ciel bleu, pur, dur, luxe.
Les lattes de bois de la terrasse
et puis, le ciel.

2.

La gare
Une double voie. Radicale droite.
Deux bancs, verts, en bois,
des feux d’aiguillages.
C’est perdu dans la campagne,
et mon train : raté.

3.

Près de la gare, l’église.
Devant l’église, la vieille.
Moi sous le porche, mon livre.
Porte ouverte sur la fraicheur,
mais soleil de plomb.
A la main, ses fleurs, et le sourire offert.

4.

Trouver quelque chose, ici.
Pas chercher, trouver. Ici.
Vies imperméables, états temporaires,
des histoires et des mobiles.
(Aucun crime pourtant)
C’est au soleil du matin
des voix, des rires.
C’est le présent
dans les parfums épicés.

5.

Les gens, à l’extérieur,
parlent une autre langue.