On s’était dit rendez-vous dans dix ans…

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« Eh bien oui, tu découvres l’eau tiède, mon amour, aurait-elle dit, ça s’appelle avoir de vieux amis. Evidemment toi, dès que quelqu’un n’écoute pas les mêmes disques que toi, ne vote pas comme toi, ne va pas voir les mêmes films, ne lit pas les mêmes livres,  voire pire ne lit pas du tout, tu juges la relation obsolète, impossible, non avenue. Tu dis : on n’a rien en commun. Combien de fois t’ai-je entendu dire ça : à propos de ton frère, de tes parents, de ta famille ? Pourquoi rester lié alors qu’on n’a rien en commun, alors que se croisant dans la rue on s’ignorerait, se mépriserait mutuellement ? On n’a rien en commun, disais-tu. Mais si, bien sûr, on a en commun ce qu’on a vécu, ce qui nous a liés et ce ne meurt jamais. Et tes enfants ? aurait-elle ajouté, portant le coup de grâce. S’ils votent à droite, s’ils deviennent financiers, s’ils méprisent le cinéma, la littérature, les arts en général, tes enfants, qu’est-ce-que tu feras ? Tu couperas les ponts avec eux aussi ? Tu diras, comme tu l’as dit pour ton frère, tes copains de collège, de lycée, de fac, tes cousins, tes cousines, tu diras : voilà, nos chemins se sont séparés, la vie nous a séparés, nous n’avons plus rien en commun, à quoi bon faire semblant ? »

[Olivier Adam, Les lisières, p 198]

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